propos sur la démarche ACIM

dimanche 20 juillet 2014, par Henri Planchon.

On le sait, ACIM est une démarche, non une méthode. Une démarche qui, tout en restant dans le cadre de l’enseignement ordinaire, cherche à se dégager du manque de paroles échangées et de la succession de leçons isolées. Cette démarche propose d’aborder en premier le thème général dans sa globalité avant de retrouver les apports de toutes les leçons mis en interconnexion, pour leur donner du sens et faciliter leur mémorisation. Il s’agit de partir du tout pour mieux percevoir les parties et les liens qui les unissent. La démarche ACIM, c’est aussi un cheminement assurant le développement de l’expression orale : la parole privée, la parole du privé en petits groupes, la mise en commun publique. La parole vient traduire et communiquer les intuitions spontanées, les hypothèses, les hésitations, les erreurs. Afin de soutenir et accompagner la recherche et la mise en mots, cette démarche s’appuie principalement sur l’outil que nous appelons « modélisation ». La modélisation est un support complexe qui pose problème. Réalisée soit par le formateur, soit par les apprenants, soit en commun par les deux, elle est une création originale constituée de traces écrites, de signes et de symboles abstraits, non figuratifs.

ACIM est une démarche qui intervient en complément d’un enseignement ordinaire, notamment dans les cas de difficultés particulières, pour motiver les apprenants et faciliter l’acquisition de connaissances - tant abstraites que concrètes ou manuelles.

Ainsi, ACIM peut être mise en place en atelier professionnel : les actions à réaliser figurent symbolisées sur des modélisations, pour faciliter leur représentation mentale et leur compréhension, avant qu’elles ne soient effectivement effectuées.

On utilise aussi ACIM avec des groupes de salariés traversés par des tensions à l’occasion de prises de décisions ou d’engagements dans des choix internes. Ainsi les idées, pensées et opinions de chacun sont représentées par des traces graphiques sur des modélisations soutenant l’oralisation et facilitant l’évolution des débats. Cette démarche prend l’option de la spontanéité, du développement de l’intuition, de l’imaginaire, de la créativité, de la pensée et de la réflexion, face à une situation complexe présentée sur des modélisations abstraites faites de mots ou de traces écrites non figuratives. Le problème ainsi posé et discuté peut ensuite amener à trouver un consensus et des applications dans la réalité concrète. L’évolution des discours aboutit éventuellement à la production d’une nouvelle modalisation, acceptée et adoptée par le groupe, suivie par la rédaction d’un texte écrit.

En situation d’apprentissage, la modélisation est un support à la production spontanée d’idées traduites par des traces écrites non figuratives. Des mots sont reliés entre eux pour former un tout ayant une signification générale. On approche ainsi une nouvelle connaissance, savoir ou savoir-faire, qui sera progressivement explicitée oralement. Les discours ayant comme support la modélisation sont à l’origine de débats qui vont conduire à des modifications apportées à la modélisation première, pour aboutir à un consensus. La modélisation finale témoigne d’un accord en commun. Elle permet d’extraire des conclusions, des règles et des mises en application. Ces résultats, d’abord formulés en privé, sont ensuite communiqués en public le plus clairement possible avant d’être transcrits par écrit et validés par le formateur.

Pour lancer l’activité du groupe d’adultes ou d’élèves, il est nécessaire que le formateur propose en premier son propre document. Celui-ci interpelle le public. Y figurent des éléments qui seront acceptés ou rejetés, avant que chacun, seul ou en petit groupe, puisse oser produire sa propre modélisation appelée à être discutée par l’ensemble du groupe. Enfin, toutes ces productions différentes doivent pouvoir s’enrichir mutuellement pour aboutir à une modélisation consensuelle qui offrira au formateur les grandes lignes et l’orientation de son intervention.

Pour le formateur, il s’agit de créer et présenter un support, la modélisation, image originale d’un parcours conçu pour accompagner les apprenants sur le chemin de la connaissance. Un tel cheminement s’appuie sur les quelques éléments reconnaissables d’emblée par tous et qui font appel aux premiers souvenirs d’apprentissage, aux premières difficultés rencontrées. Progressivement, on redécouvre un chemin qui nous aurait permis de mieux comprendre ce que l’on savait déjà.

La modélisation est ainsi une médiation originale qui pose problème, suscite la motivation par sa complexité, par sa difficulté apparente, mais où il est aussi possible de découvrir des éléments reconnaissables, des repères qui permettront de poursuivre l’exploration du document, de le traduire en langage privé afin d’arriver à une conclusion publique, une connaissance nouvelle associée à celles qui l’étayent, laquelle donne sens à l’ensemble du document et doit être, en fin de découverte, présentée oralement publiquement, normalisée, généralisée et mise en application dans différentes réalités.

A travers cette démarche, il est à noter le souci du développement de la parole, autant comme langage privé et du privé, que comme langage commun, langage public. Autant de langages qui soutiennent la pensée et la précisent pour mieux communiquer, argumenter et soutenir le passage à l’écrit.

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