ACIM et la Modélisation

dimanche 8 janvier 2006, par .

ACIM COMME MÉDIATION

ACIM est une démarche qui part d’un point intermédiaire entre le concret et l’abstrait (ni dans le concret ni totalement dans l’abstrait) afin de donner une base de départ à l’apprenant pour qu’il puisse se relier à la fois au concret et à l’abstrait, et être ainsi en mesure - dans un second temps - de parcourir l’ensemble du circuit concret <-> abstrait, dans les deux sens.

Les planches (modélisations) ouvrent un champ de travail qui est transitionnel entre le concret et l’abstrait. ACIM se propose d’approcher les objets abstraits et généraux que sont les nombres, les opérations ou les figures géométriques au moyen d’un support de travail qui a la particularité de n’être ni figuratif-concret ni langagier-formel mais graphique-symbolique.

L’apprenant se concentre sur un schéma non figuratif qui vient faire médiation, soutenir et encadrer le développement de l’imagination, la conceptualisation des notions, la mise en mots des savoirs et leur application à la réalité concrète.

Support complexe et systémique, la modélisation visualise (pour ensuite aider à se représenter mentalement) les liens entre des notions ou entre des objets symboliques qui fonctionnent en inter-relation. Elle permet d’objectiver des champs conceptuels, de percevoir/concevoir des systèmes et des séquences sur lesquels il devient dès lors possible de travailler explicitement et de communiquer.

ACIM COMME PRODUCTION

La démarche introduite par l’utilisation de la modélisation se veut une activité qui laisse, dans un premier temps, une place importante à la spontanéité, à l’intuition. Elle ne se présente pas sous la forme d’une méthode à appliquer rigoureusement, mais bien plus comme un entraînement à libérer sa pensée afin de la mettre au jour, à accepter les manques, à s’autoriser à envisager simultanément plusieurs objectifs, plusieurs perspectives et à les mettre en relation. En effet, nos idées sont trop souvent rejetées parce que trop multiples et trop désordonnées. L’activité de production de modélisation est précisément l’exercice qui entraîne à gérer cette multiplicité et ce désordre. Ceci afin de faire émerger des idées enfouies, presque oubliées, que l’on croyait même ne pas posséder.

Dans cette activité, il s’agit de réactiver ses connaissances mais aussi de rechercher les relations qui les unissent. Ainsi, réaliser une modélisation c’est élaborer un tout, une globalité d’éléments en interrelation, une forme bouclée qui pose problème.

Une modélisation ne peut être une représentation linéaire ni avoir une forme arborescente, elle se présente toujours à travers une complexité, un réseau à l’intérieur duquel les relations ont autant d’importance que les éléments eux-mêmes. La modélisation se présente comme un terrain de découverte, elle se veut une aide à la recherche active opposée à l’attente passive d’une hypothétique pensée claire. En effet, cette attente a souvent tendance à tourner sur elle-même, et à se laisser entraîner dans un tourbillon unidirectionnel, une recherche obsessionnelle.

Une modélisation est un système à la fois ouvert et fermé. Il est fermé pour soi, il représente un tout qui possède sa cohérence et sa cohésion, il se présente donc avec une certaine protection. Mais il est aussi ouvert et vulnérable s’il est soumis à des informations qui vont désorganiser son harmonie, c’est un système ouvert et dynamique qui reste en perpétuel mouvement, que ce soit du fait d’apports venant du concepteur ou de confrontations avec d’autres systèmes venant de l’extérieur. Toutes ces transformations que peut subir un tel système sont nécessaires à son intelligibilité et à son évolution vers une nouvelle modélisation plus riche, plus complexe mais aussi plus proche de la réalité, de l’idée qu’elle veut transmettre.

L’image d’une modélisation pose un problème qui apparaît souvent comme limité, hermétique, inabordable et incompréhensible. Ce n’est qu’après un certain effort que cette image va dévoiler son intentionnalité, son champ d’errance et de liberté, son domaine de pensée et de réflexion.

Toute perception, toute idée crée une représentation mentale qui, si elle est pensée, conscientisée, peut se traduire par une modélisation. Le fait même de vouloir donner une trace écrite à cette image mentale participe de la construction de modélisations. C’est en entreprenant de projeter sa pensée que celle-ci s’organise et se modélise. Ce passage du flou, de la forme "haloïque" de notre modélisation mentale à des idées plus claires au travers d’une image dont l’architecture apparaît plus nettement, ce passage se trouve facilité et s’effectue en passant par une production écrite et/ou orale où les éléments essayés, corrigés, adaptés et surtout reliés entre eux finissent par former un tout cohérent perceptible et appréhendable globalement.

Pour le dire autrement, modéliser c’est passer du multiple plus ou moins flou et inorganisé à un tout structuré, à une unité perçue comme indivisible, indestructible et intelligible. La création de modélisations produit des sentiments de satisfaction et de puissance associés à la production « d’idées claires », mais en même temps un sentiment d’insatisfaction lié à l’incomplétude de la production, à son manque de précision.

La modélisation est un outil de médiation qui pose problème, qui interroge et qui intrigue, c’est un outil qui aide à penser le multiple, à montrer ce qui ne peut se dire et à dire ce qui ne peut se penser. Son apparente complexité et sa délimitation dans l’espace créent un espace de recherche, un espace de discours et de réflexion pour produire du sens et préparer des actions.

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