modélisation du conflit

dimanche 21 février 2010, par Henri Planchon.

Il est troublant de considérer le flot torrentiel des idées qui peut traverser notre esprit. Elles sont innombrables, elles s’enchevêtrent et se mêlent jusqu’à ne plus pouvoir se distinguer les unes des autres.
Mais sont-elles réellement de vraies idées ou ne sont-elles que des ombres d’idées ? Elles sont enfouies dans le langage intérieur, elles paraissent présentes mais elles sont inactuelles, elles éblouissent et disparaissent aussi vite qu’elles sont venues. Elles sont inexploitables directement, autant pour soi que pour autrui, elles sont difficiles à appréhender et surtout à extérioriser, elles sont donc souvent non communicables.
Toutes ces idées sont comme les étoiles dans le ciel de minuit, elles sont parfois difficiles à distinguer les unes des autres, elles sont inabordables directement. Comme on est arrivé à réaliser une carte du ciel avec ses constellations, ne pourrait-on pas produire une carte de nos propres pensées ? Une carte de notre pensée où des signes, des indices, des mots peuvent participer à l’élaboration de constellations d’idées. Nous nommons une telle carte "modélisations mots".

Ainsi considérons le cas d’une situation qui se déroule dans un établissement éducatif où deux jeunes se disputent et en viennent aux mains. Un adulte intervient pour les séparer. Il les emmène dans une petite salle. Chacun prend place autour d’une table devant une feuille de papier blanc et un crayon. Le silence est de rigueur. Seul l’adulte intervient pour demander aux deux belligérants de réaliser chacun une “modélisation mots” où doit figurer une première description de la situation de conflit. Notez qu’ils ont déjà été formés à ce genre d’activité, la production de “modélisation mots”. Ces modélisations seront ensuite un support pour une présentation orale effectuée par chacun des belligérants.

Ci-dessous la présentation des deux premières modélisations produites par les deux jeunes antagonistes :

A la suite du temps imparti à la réalisation des modélisations, chacun des deux jeunes, à son tour, présente oralement, en s’appuyant sur sa modélisation, son point de vue sur la situation. L’adulte intervient pour noter que ces discours, comme les modélisations, sont produits avec un peu trop de retenue. Il explique qu’ici il n’y a pas de sanction, c’est un temps consacré à la compréhension des événements dans leur contexte. « Au cours de la préparation d’une deuxième modélisation, vous pourrez exprimer votre colère avec des mots violents, mais n’oubliez pas que tous les mots de votre modélisation doivent se retrouver dans la présentation orale ».
On peut aisément imaginer la violence des réalisations de ces deuxièmes modélisations pour ne pas être amené à les retranscrire. Les discours qui s’en sont suivi l’ont été beaucoup moins. Certes les mots notés étaient prononcés mais le ton atténuait sensiblement leur violence sans malgré tout faire baisser les rancœurs respectives.

A la suite des discours des deux jeunes, l’adulte fait barrer les mots écrits qui n’ont pas été prononcés lors de la présentation orale. Puis il demande si les deux belligérants sont d’accord pour éliminer un certain nombre de mots que l’on pourrait oublier, afin de rendre la situation plus acceptable par les deux parties. Arrive alors un temps de discussions ardues, relativement difficiles. A l’issue, les modélisations ayant pris des formes tempérées et plus harmonieuses, elles sont conservées par les trois participants. Ceux-ci se retrouveront ensuite, après qu’un certain temps ce soit passé, pour redire les événements avec l’appui des dernières modélisations, et vérifier qu’il ne reste plus de rancune.

La modélisation utilisée pour traiter des situations de conflit apporte un temps de réflexion et d’expression, ce qui permet d’élaborer une vision distanciée et apaisée de la situation vécue au départ dans la violence.

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