la modélisation d’un conte et son exploitation pédagogique

Le tigre, le cerf et le renard

jeudi 3 mars 2011, par Janine Valentin.

-1- Pourquoi construire une image modélisée d’un conte :

Confronté à un texte écrit, le lecteur, pour autant qu’il sache lire, est confronté à une découverte linéaire de l’histoire qui lui est contée et qui se déroule dans un espace-temps défini et programmé par l’auteur. La relecture du texte, si elle peut amener une meilleure compréhension et un déchiffrement mieux maîtrisé, n’apporte rien de nouveau par rapport à l’histoire.
Ne peut-on alors essayer de quitter la linéarité de l’écrit présenté, pour appréhender globalement une situation dans son contexte et, au delà, tenter de percevoir l’environnement qui lui a donné sens ?
Modéliser un conte, c’est adopter une posture systémique qui va en permettre une lecture multiple. Il s’agit de corriger les effets négatifs du linéaire mais pas de le supprimer. L’image systémique du conte va au contraire permettre d’en améliorer l’écrit et d’être de plus en plus créatif quelque soit son niveau supposé de compétences.
Modéliser un conte c’est, dans un premier temps, le réduire à une structure où les acteurs, les lieux, les interactions, les rencontres, les déplacements et les actions sont représentés par des symboles abstraits empruntés au champ de la géométrie.
L’écriture modélisée (image systémique) d’un conte aboutit à une multitude d’expressions de ce conte, à l’oral comme à l’écrit et débouche sur la création de nombreux autres contes de même structure.
Le conte modélisé aide également les enfants ou adultes en difficulté de langage à appréhender un récit et à soutenir leur expression orale.

-2- Critères de validation d’une image modélisée

L’image modélisée doit être une modélisation systémique utilisant le langage abstrait de symboles mathématiques en relation.
Elle doit être à moitié ouverte et à moitié fermée. Elle est fermée dans la mesure où elle a des frontières définies par le contenu du conte choisi, mais elle est également ouverte, parce qu’incluse dans un environnement plus élargi.

La modélisation présentée aux élèves doit répondre à trois critères :

- ESTHETIQUE
- ETHIQUE
- EFFICIENCE

1- Rechercher l’Esthétique du tout : harmonie des formes et des proportions en fonction de l’émotion ressentie. Une modélisation n’est pas un plan. Un plan respecte les proportions et la localisation des lieux dans l’espace alors que la modélisation s’appuie sur une géométrie topologique. Les déplacements et les lieux diffèrent selon les émotions qu’ils ont suscités.

2- Mettre l’image modélisée à l’épreuve dans un groupe de participants de tous âges, en respectant l’Ethique propre à la démarche ACIM (médiation, coopération, aides mutuelles).

3- Viser l’Efficience : efficacité sans rentabilité immédiate.

Un outil pédagogique est né, support d’apprentissages divers. Il va être proposé à des groupes d’apprenants avec lesquels il sera exploré, expérimenté, explicité, exploité et transformé.
Il faut surtout retenir qu’une modélisation ne peut pas être figée. Elle doit être, à terme, critiquée et transformée par les apprenants qui ainsi se l’approprient.

-3- Texte du conte choisi : Le tigre, le cerf et le renard (d’après E. Siao, contes de Chine, La Farandole éd.)

On peut réaliser, à partir de ce conte, plusieurs modélisations, plus ou moins épurées suivant la personnalité du formateur et le public auquel on les destine.

Nous en avons réalisé trois, allant de la plus explicite à la plus épurée.

-4- Naissance de trois modélisations :

Dans la première modélisation, destinée à des enfants de Maternelle, on représente les taches du cerf et on dessine de nombreuses flèches pour faciliter le suivi du parcours.
On signale aussi, par un symbole particulier, les temps de dialogue entre deux personnages :

Dans la seconde, on indique un minimum de flèches et on représente le cerf par un simple cercle :

Dans la
troisième, on ne flèche pas les parcours, on laisse ce soin aux groupes d’élèves :

-5- Déroulement du travail sur la modélisation choisie : les 5 EX (Exploration, Expérimentation, Explicitation, Exploitation, Extension)

Présentation à un groupe de la deuxième modélisation choisie :

Phase d’exploration :
Cette partie se fait oralement. Après un temps de réflexion personnelle, mise en commun du nom des symboles et des relations avec mise en place d’un vocabulaire commun, et, éventuellement, des amorces d’hypothèses : « je vois que… c’est peut-être que… »
A cette occasion, l’animateur peut se rendre compte du niveau approximatif de fonctionnement du groupe.
-  Reconnaissance des symboles géométriques : ronds ou cercles, carrés, triangles…
-  Repérages dans la modélisation
-  Communication orale dans le grand groupe

Phase d’expérimentation :
Seul ou en petit groupe, c’est une entrée dans la modélisation par l’écrit, recherche du sens intrinsèque de la modélisation. Chaque petit groupe fera part au grand groupe de son interprétation de la structure.
- décoder les symboles et leurs déplacements à travers les figures fixes…
-  lire l’ensemble de la modélisation (proto-lecture) en restant dans le langage symbolique, après avoir choisi un moyen de repérer de quel élément on parle : couleur de traits, coloriages…
-  le compte-rendu fait au grand groupe va nécessiter une nouvelle entente autour des symboles permettant à chacun de suivre sur sa feuille.

Phase d’explicitation : (adaptée à l’âge des enfants)
Chaque groupe vient faire part du résultat de ses recherches.
Les points qui posent problème seront oralisés et explicités (problèmes de temps et d’espace, problèmes de langage…).
L’animateur va ensuite lire le conte et demander aux participants s’il y a un rapport avec l’image modélisée.

Il s’agit de :
- associer la lecture de la modélisation à l’audition du conte.
- dire le conte en se servant de l’image modélisée

Chaque participant pourra dire, après la première audition du conte, ce qu’il a reconnu sur la structure : reconnaissance des divers symboles qui représentent les animaux et les lieux fixes,…
Ceci peut être utilisé comme une évaluation personnelle pour chacun (j’ai reconnu le renard représenté par le triangle…).

Phase d’exploitation :
On travaille encore sur la modélisation, mais l’animateur prend d’avantage de place. Il y a lieu de préciser ce que la modélisation nous a appris et quels problèmes elle peut nous aider à résoudre :
-  Ecrire les noms des animaux ou des lieux sur la structure (pour les débutants en lecture/écriture)
-  Relever, dans le conte, les mots qu’on reconnaît
-  Reconnaître des passages du conte ; reconnaître, dans le texte, des passages lus dans la modélisation, …
-  Enrichir le vocabulaire et les tournures de phrases (réécriture du conte ou du passage de son choix)
-  Inventer, par petits groupes, un nouveau conte ou un récit sur la même structure (oralement pour les non-lecteurs). Découverte à cette occasion, qu’un signifiant peut avoir plusieurs signifiés. L’évaluation sera faite par le grand groupe qui suit sur la structure l’histoire ou le récit et vérifie si la structure est bien respectée.
-  Mettre en scène le conte
-  Travailler sur les dialogues
-  Les problèmes liés au temps et aux déplacements : le déroulement temporel des actions ; que se passe-t- il pendant les rencontres entre le tigre et le cerf, entre le tigre et le renard, entre le cerf et le renard ? d’où viennent-ils ? où vont-ils ?
-  …

Phase d’extension :
C’est une phase créative. On quitte la modélisation travaillée, on la transforme ou on passe à une nouvelle.

On peut :
-  Choisir un autre conte ou un récit et construire l’image modélisée
-  Choisir une autre modélisation et inventer une histoire
-  Modéliser avec les enfants une situation réelle qui pose problème dans la vie courante des enfants ou des jeunes adultes dont on a la charge,.…

-6- Le devenir de cette modélisation :

Elle a valeur de support de pensée, donc elle est appelée, en fin de travail, à être remaniée, transformée, remise en question par le groupe. Elle a permis de se familiariser avec le désordre, d’approcher une situation dans sa complexité, débloquant la pensée, l’imagination et le langage. Elle permet à chacun de s’approprier la démarche de résolution de problème, tenant compte du cheminement personnel et débouchant, par la confrontation des lectures diverses du même support, sur l’élaboration d’un concept partageable.
Cette image abstraite est donc destinée, à terme, à être transformée, modifiée ou remplacée par décision du groupe.
-  transformer la modélisation
-  apprendre à modéliser soi-même un conte ou un article de journaux ou une recette de cuisine ou, …

Ce conte est actuellement utilisé dans le cadre d’une recherche en GS Maternelle par une enseignante faisant partie de l’association ACIM.

Le compte-rendu de ce travail fera suite à cet article.

Il est rappelé que l’utilisation et la création de modélisations systémiques ACIM font l’objet de stages de formation.
Nous comptons sur l’honnêteté intellectuelle de nos lecteurs pour ne pas utiliser nos modélisations sans avoir participé à une formation ACIM de 2x2jours dispensée par nos soins.
Tous les détails d’inscription sont donnés sur le site.

P.-S.

La suite est à lire ici :

http://acim.ouvaton.org/spip.php?article61

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