QUAND LES MATHEMATIQUES VOLENT AU SECOURS DE LA LITTERATURE …ET VICE VERSA - troisième épisode

suite des deux précédents articles

dimanche 26 janvier 2020, par Hélène Mazaud.

Dans ce nouvel épisode nous aborderons deux points des « 5 EX » l’EXplicitation et l’EXploitation.

L’EXplicitation est, pour mon avis personnel, concomitante aux deux étapes précédentes des 5 EX et elle va se poursuivre tout au long des travaux initiés tant à partir du texte que de sa représentation. En effet, dès le début de l’aventure les élèves doivent expliquer, justifier, argumenter leurs propositions. Ils doivent également écouter, tenir compte de l’entendu, pour faire progresser leur propre analyse. L’explicitation comporte toutes les actions mentales et physiques (réfléchir mais aussi exprimer sa réflexion, mémoriser…) nécessaires et indispensables à la compréhension tant du document que de l’histoire représentée. L’évaluation de cette compréhension étant le récit organisé et complet que l’élève peut retransmettre, les liens qu’il a tissé entre symbolique et réalité de l’histoire et l’explicitation qu’il en fait.

Pour des élèves de cycle 2 et 3 il est possible d’aborder le concept de « pronom personnel » en remarquant que le petit mot « il » convient à plusieurs personnages ou objets et qu’il peut s’accorder.

Pour rappel, l’explicitation offre des apports dans les domaines suivants :
• Vocabulaire spatial et topologique.
• Vocabulaire temporel abordant les notions de succession et d’ordre chronologique mais aussi celle de simultanéité.
• Les notions de cause et conséquence.
• Des notions intuitives de proportionnalité

Une question fort intéressante posée par une enseignante travaillant sur cet album et sa modélisation :
« Pourquoi n’y a-t-il pas de flèche pour représenter l’arrivée d’Oncle Hui chez Lin Yi ? En effet, on pourrait en déduire qu’il y a deux parallélogrammes bleus représentant deux personnages différents. »
Ma position lorsque j’ai réalisé le document de proto-lecture est la suivante : Le récit concerne le petit garçon et j’ai représenté sa journée à lui, les aventures du héros. D’autre part, lorsque l’histoire est donnée on comprend qu’Oncle hui, dès le début, est convié chez Lin Yi et sa maman pour le soir. La présence du parallélogramme n’a donc rien de surprenant. Aucun élève ne m’a jamais posé la question !

Il faut bien garder à l’esprit qu’une modélisation est là pour représenter l’essentiel, tout ce qui peut influencer le cours de l’histoire. Il est impossible de TOUT représenter, il faut faire des choix, éliminer la représentation de certains faits ou objets… Toutefois une modélisation est un support en constante évolution grâce à la pensée collective, aux échanges…c’en est une des richesses. Alors, si pour vous, pour vos élèves, il est nécessaire ou rassurant de représenter le déplacement d’Oncle Hui…ajoutez une flèche !

(Un grand merci à Véronique D. pour son implication et ses partages !)

L’EXploitation

Nous avons vu dès la première séance comment explorer le document de proto-lecture d’un point de vu géométrique, numérique et spatial. Maintenant que la « clef » du mystère a été donnée par le récit, que l’expérimentation et l’explicitation ont permis à chacun de « posséder » l’histoire…vous allez pouvoir aborder d’autres exploitations.

L’expression orale : le récit.

Les élèves vont pouvoir raconter l’histoire avec leurs propres mots, tout en réutilisant le nouveau vocabulaire appris (ici les fruits et légumes d’un marché chinois par exemple). Le document vient en soutien de la mémoire et permet à l’enfant de se concentrer sur son expression. Il va être possible d’encourager l’utilisation des connecteurs logiques de temps, mais aussi de but, cause, conséquence, alternative… Ces petits mots prennent place à un moment T de l’histoire, ils viennent donc se placer à un endroit précis du document ce qui aide à la compréhension de leur intérêt dans un récit et à leur mémorisation.

La maman de Lin Yi lui donne de l’argent pour aller au marché parce que le soir c’est la fête de la Lune.
A la fin du marché Lin yi n’a plus assez d’argent pour le lampion et les cacahuètes. Alors, il choisit les cacahuètes.
Pour faire plaisir à son neveu Oncle Hui avait acheté le lampion dont il rêvait.

Pour renforcer et systématiser leur emploi un jeu de question/réponse peut être organisé :
Chacun va poser une question sur l’histoire qui commence par…Quand… Où…. Pourquoi … ? les camarades donnent la réponse et montrent sur le schéma où se situe cet évènement.
• On peut aussi écrire des mot-réponses au tableau et demander de raconter un passage de l’histoire en une phrase comportant l’un de ces mots : Parce que, à ce moment-là, en dernier, beaucoup….

A travers ces activités les substituts vont pouvoir aussi être abordés, de façon à éviter les répétitions. Il est possible d’en établir un tableau, affiché à chaque séance, dans lequel les élèves pourront piocher au fur et à mesure de leur propre interprétation.

Pour exemple :

L’expression orale : la mise en scène.

Du récit il est facile de passer à la mise en scène. La mise en espace du document, réalisée précédemment, aide à la rendre vivante puisque les déplacements auront déjà été assimilés et compris. Après la langue du récit les élèves aborderont le dialogue. Suivant le niveau, ces échanges peuvent faire l’objet d’une mise par écrit de la part des élèves, ou de l’enseignant, si l’on souhaite entrer dans un projet où ces travaux seront socialisés pour des parents, une autre classe, des correspondants…
Les élèves peuvent bien sûr, surtout lors des premières présentations, conserver leur document à la main. Il est leur mémoire, leur garde-fou. Le but est que TOUT le monde réussisse, prenne du plaisir à l’activité. Nous sommes dans l’apprentissage et non dans la recherche d’une performance !

L’expression écrite

En parallèle de ce travail sur l’expression orale, il est possible de travailler l’écrit. Ces écrits, pour l’instant, restent en corrélation avec le texte de l’album. Ces exploitations s’adapteront, bien sûr, au niveau des élèves, ce qui rend cette médiation particulièrement riche et pratique pour des classes à multi-niveaux, l’inclusions d’élèves d’ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire) ou la présence d’EABEP (Elève A Besoins Educatifs Particuliers). En effet, avec un support et un projet collectif, il est malgré tout facile avec la modélisation de textes d’individualiser les travaux.
On affichera au tableau les différentes étapes chronologiques de la modélisation, pour chacun on demandera suivant le niveau des élèves, un mot-clef, un titre, une phrase, un résumé. Je donne ici le type de tableau que j’utilise (voir ci-dessous).

Les élèves écrivent dans la première colonne, la correction se faisant directement à côté.

Suivant le niveau des élèves où les projets de l’enseignant, le marché peut être lui-même séparé en plusieurs épisodes. Le découpage présenté ici est une première approche du schéma quinaire [1]
Cette approche va nous être utile lors de la phase EXtension qui fera l’objet de mon prochain article. Nous y verrons comment initier des prolongements en mathématiques, en production d’écrits grâce au document de proto-lecture. Je donnerai également des idées d’extension en géographie, arts visuels…et un certain nombre d’albums que l’on peut mettre en réseau avec « La grande journée du petit Lin Yi ». Ce sera aussi le moment
d’exploiter l’album en tant qu’objet de lecture, tant scripturale qu’iconographique. Je vous rappelle que depuis le début il n’a pas été montré aux élèves !


disponible en pdf :

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Notes

[1Le schéma quinaire est un type de schéma narratif, c’est-à-dire de construction du récit, décrit par Paul Larivaille dans « L’analyse logique du récit ». Il a été utilisé d’abord pour décrire la structure élémentaire des contes. voir Wikipédia.

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